« Chérie, donne-moi un thème important à tes yeux dans l’éducation, j’aimerais écrire un article » … « Je sais maman ce qui est important : Je t’aime. »
1-Un amour "primitif"
« Me t’aime » me disait-il en me mangeant la joue. Mon fils, 2 ans.
Puis il y a avait les pleurs de ma fille, 3 ans, lorsque je la déposais à l’école, des pleurs qui terminaient en cris et en appel de détresse ».
« Je suis pas fatigué, j’ai encore envie d’une histoire, encore un câlin, j’ai soif, j’ai envie de faire pipi, tu m’as pas dit bonne nuit … » Les couchers interminables des mes enfants à leur plus jeune âge.
Les actes quotidiens des enfants expriment des émotions auxquelles nous essayons de décoder des besoins d’attention ? de reconnaissance ? d’amour ? Il est parfois difficile de comprendre la demande d’amour derrière des comportements qui sont dominés par des émotions telles la peur, la colère ou la frustration.
Un enfant en bas âge qui hurle et se débat lors d’une séparation n’a pas encore les moyens d’exprimer ses appréhensions par des mots et une réflexion mature. Parfois, reformuler la détresse de l’enfant avec un geste attendri peut l’aider à traverser un trouble.
Les « tout-petits » s’expriment avec leur kit de base « les instincts de survie » pour obtenir ce qu’ils souhaitent ou se sécuriser. Lorsqu’ils ont peur de perdre celui ou celle qu’il aime ou encore d’être privé d’un jouet affectionné, le premier réflexe commandé par leur zone de cerveau opérationnel à cet âge précoce : le cerveau « reptilien », pourra être l’attaque (marquée par la colère), la fuite (comme se cacher; se sauver) ou le figement (être tétanisé, pleurer, s’agripper).
Il est courant d’observer de jeunes enfants qui « tapent », « crient », « arrachent », « mordent ». Il n’est pas pour autant le mode de communication socialement adopté et heureusement pour nous, nous serions restés à un stade de communication primitif comme à la préhistorique.
2- Se sentir aimé, c'est primordial...
Un enfant n’existe que dans la relation, « un bébé seul, ça n’existe pas » selon Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique. Il définit le lien d’amour entre un bébé et son parent comme vital à sa survie, pour cela le parent doit être « suffisamment bon », ni trop protecteur, ni trop distant. C’est à dire que ce parent ou l’adulte « donneur de soin » qu’on nomme aussi « caregiver » est attentif aux besoins de son nourrisson en répondant au mieux à ses demandes et en lui offrant un équilibre entre soutien et résilience. C ‘est ce qui permet à l’enfant de se développer sereinement et de surmonter les frustrations. Aider l’enfant à traverser des difficultés, être présent et soutenant, affectueux et sécurisant sont indispensables pour l’aider à se construire et à explorer le monde en toute confiance.
Si au contraire, nous lui épargnons toutes formes de contrariétés en permanence, il n’apprendra pas la résilience, la capacité à trouver des solutions et faire face aux aléas de la vie.
Se sentir aimé, c’est être dans une relation d’attachement où réside l’équilibre entre le réconfort et l’acceptation de situations inconfortables. Exemples :
- la patience « je sais, c’est long d’attendre, on pourrait s’occuper à faire un jeu pour patienter… »;
- la résignation « tu as très envie de regarder mon téléphone mais ce n’est pas un jouet, à la place tu peux dessiner ou on peut lire… »).
Pour se sentir aimé, l’enfant a besoin de repères, de cohérence et de constance.
3- L'attachement
Un lien d’amour inconditionnel et vital :
« L’attachement est un lien affectif entre une personne et une figure d’attachement « caregiver »(en général une personne qui prend soin). Ce lien peut être réciproque entre deux adultes, ou s’établir entre un enfant et la personne qui s’en occupe; dans ce dernier cas, le lien est basé sur les besoins de l’enfant en matière de sécurité, de protection et de soins, en particulier dans la petite enfance et l’enfance. La théorie de l’attachement explique que les enfants s’attachent instinctivement à leurs donneurs de soins, favorisant ainsi leur survie. Les enfants en bas âge s’attachent aux adultes qui se montrent sensibles et attentionnés aux interactions sociales avec eux et qui s’en occupent d’une façon stable plusieurs mois de six mois environ jusqu’à deux ans. »
Pour en savoir plus sur la théorie de l’attachement, lire John Bowlby.
Favoriser une relation d’attachement sécurisante avec son enfant encourage ainsi des comportements sociaux équilibrés.
L’attachement assume les fonctions suivantes : garantir la sécurité et ainsi permettre l’exploration de l’environnement.
Pour résumer, pour assurer le bon développement d’un enfant, répondre à ses besoins primaires (boire, manger, dormir..) n’est pas suffisant. L’enfant a besoin d’attention, de relation, de sécurité.
Un film sorti en 2024 traite de ce sujet selon plusieurs facettes des relations qui unissent les humains : Film « L’attachement »
4- Les repères, les limites, le cadre
« S’il y a des limites, un cadre de confiance et de sécurité c’est parce ce que je t’aime »
Construire une relation avec des repères routiniers, des habitudes d’autonomie, un cadre sécuritaire tout en maintenant un climat d’ouverture et d’affection est le challenge de tout parent.
1- « Des routines, ça rassure ». Les habitudes rythment les journées et apportent des repères essentiels aux enfants comme les activités d’un emploi du temps ponctuent la chronologie du temps qui passe. « C’est quand qu’on mange ? c’est quand qu’on fait ? Où est-ce qu’on va ?… » Il est important pour un enfant de connaitre le programme de la journée, le sien et le votre pour développer ses repères temporels et organisationnels, c’est rassurant et apaisant.
2- « Un cadre ça sécurise » comme la ceinture de sécurité d’une voiture. Découvre comment établir un cadre de vie en famille, parler de règles, c’est nommer des valeurs « c’est important pour nous de s’écouter alors pour y arriver on regarde celui qui parle, on essaye d’imaginer ce qu’il dit et on lui pose des questions pour bien comprendre ».
Pour aller plus loin : construire un cadre-familial pour parler de règles et valeurs.
3- Les limites peuvent s’adapter selon l’âge et les situations, trop d’interdits et de restrictions étouffent la relation et la possibilité d’autonomie, trop de liberté insécurise l’enfant dans son exploration et dans ses relations à autrui. Découvre les différents styles d’autorité pour comprendre le juste équilibre nécessaire au développement d’un enfant avec une « éducation bien-veillante ».
Et n’oublie pas « ce qui manque de respect, c’est ce qui dépasse tes limites : tes valeurs, tes émotions, tes besoins ».
5- Les manières de dire "je t'aime"
Comme le réservoir d’un véhicule doit être plein pour avancer, le réservoir affectif d’un enfant a besoin de se remplir quotidiennement pour se sentir aimer inconditionnellement. Pour s’épanouir et se construire, nous avons tous besoin d’amour.
Aimer son enfant, c’est prendre soin de lui, c’est lui offrir des repères et un cadre sécurisant.
L’amour pour son enfant s’exprime de différentes manières.
Je t’aime quand :
- je passe du temps avec toi
- je suis loin de toi car tu es dans mon cœur tout le temps
- je te dis « oui, je suis d’accord » et quand je te dis « non, je ne suis pas d’accord »
- je te câline et que je te prends dans mes bras
- je te vois grandir, te tromper et apprendre
- nous jouons ensemble
- nous nous disputons
- nous cuisinons ensemble
- je te vois vivre et explorer le monde
- nous nous promenons dans la nature
- nous rions ensemble
- nous lisons des histoires
- nous écoutons de la musique
- nous chantons ensemble
- tu me racontes ta journée
- tu me partages ce que tu aimes, tes passions, tes activités favoris
- tu me confies tes peurs, ta détresse, tes inquiétudes
- tu es triste, en joie, en colère, peu importe ton émotion du moment
- POUR TOUT CE QUE TU ES
…