Apprivoiser ses émotions

« Comment apprivoiser ses émotions et celles des enfants ?», voici un sujet qui suscite de l’intérêt car elles font parties de nos vies et du quotidien de nos enfants. Lors d’un atelier, nous avons partagé un moment convivial et authentique avec des parents humbles et aimants car nous sommes tout simplement « humains » avait dit l’une des participantes.  

Nous avons échangé nos souvenirs chargés en émotions, observé ce qu’il se passait en nous lors de diverses situations dans nos vies, prendre conscience des émotions qui cohabitent en nous au fil d’une journée, d’une semaine, noter les ressentis récurrents pour apprendre à s’écouter et reconnaitre que ces émotions dictent nos comportements et répondent à des besoins.

Puis nous nous sommes tournés vers les vives émotions de nos enfants, les joies, les cris, les pleurs, les peurs…et les comportements souvent excessifs qui en découlent avec spontanéité et réactivité.

Catherine Gueguen parle de « Tsunamis émotionnels » liés à l’immaturité du cerveau et Daniel Siegel parle du cerveau d’en Haut qui réfléchit et celui d’en Bas qui ressent et agit.

Avant 6/7 ans il est très difficile pour un enfant de contrôler ces « tempêtes émotionnelles » et de connecter ces 2 « cerveaux » pour s’autoréguler. Ce n’est qu’avec une attitude accompagnante et sécurisante que l’enfant va accélérer la maturation du cerveau d’en haut, précisément le cortex préfrontal qui observe, analyse et comprend les conséquences d’un comportement. Et ce n’est qu’à 25/27 ans que cette zone est mature et autonome pour prendre les bonnes décisions raisonnées.

Cerveau du haut (Néocortex+cortex préfrontal), Cerveau du bas (limbique=émotionnel et reptilien=archaïque)

Le stress est nécessaire pour notre survie pour agir en cas de danger mais il devient néfaste lorsqu’il est chronique, quand on met la pression à son enfant, lorsqu’on le presse par le temps, lorsqu’on l’insulte ou qu’on l’inonde de reproches… ce stress empêche l’enfant de se calmer et de s’autoréguler car il freine la maturation du cortex préfrontal (dans le cerveau du Haut) en libérant du « cortisol » qui détruit des connexions neuronales.

Alors faisons un pas de côté, quand l’émotion est envahissante, il n’est pas question d’éduquer mais en premier lieu, d’apaiser et de faire redescendre ce niveau de cortisol. Daniel Siegel parle de « se connecter avant de rediriger », c’est-à-dire d’être en lien puis seulement après ce temps d’écoute et de reconnexion par une attitude empathique et affective, nous pouvons parler de la situation, de règles, de conséquences, de solutions… On évite les reproches, on recherche des stratégies acceptables pour répondre aux besoins du moment. « Tu avais besoin qu’on joue avec toi, la prochaine fois, tu peux dire : j’aimerais aussi faire ce jeu, comment on y joue ou bien je m’ennuie, tu viens jouer avec moi ?»

Quand un enfant fait une « crise », la colère étant l’émotion qui prédomine dans la plupart du temps, elle cache une autre émotion que l’enfant ne peut pas exprimer de manière acceptable sans l’aide de son parent, une colère peut cacher un sentiment de tristesse, d’incertitude, de peur, de jalousie… c’est pour cela que nommer l’émotion est un moyen de l’apprivoiser.

Nous pouvons stopper le comportement si besoin en disant « ce qu’il se passe te fait du mal et fait du mal aux autres, je dois t’arrêter pour ta sécurité » et accueillir l’émotion : « J’ai compris que c’était très dure de ne pas pouvoir faire tout ce que tu aimerais, je parie que tu voudrais faire ça tous les jours quand tu seras plus grand » ou encore « je sais comment tu te sens » « ta journée a dû être difficile ». Le contact physique chaleureux, une main sur l’épaule, un câlin libère des hormones anti-stress : « l’ocytocine » et la « dopamine ».

« l’amour est un carburant et non une récompense » Isabelle Filliozat

Ce week-end, j’ai choisi de me ressourcer, d’être à l’écoute de mes besoins, lâcher prise, partager, rire, j’ai retrouvé mon oncle de 80 ans passé qui m’a raconté sa vie, ses passions, sa philosophie, nous avons profité de plaisirs simples à cueillir des citrons, à regarder son jardin qu’il peine à entretenir malgré son âge avancé et pourtant il le fait avec amour car des enfants, il n’en a pas, ses plantes, ses récoltes sont ses trésors qu’il cultive avec soin en savourant les dons de la nature … 

Ce week-end, j’ai pris du temps pour moi et en famille, à la mer, à ne rien faire, à savourer le sable chaud, lire un livre, regarder mes enfants jouer, manger des cacahouètes grillées.

 Vos moments de bonheur m’inspirent et il est si bon de se rappeler qu’il n’est pas si loin. 

Eh oui, mes enfants se sont aussi disputés, ils ont fait des colères ou ont employé des manières de parler que je n’ai pas aimées … parce que cela en fait partie, c’est le petit « gribouillis du coquillage » qui nous rappelle que nos enfants sont spontanés, enthousiastes ou excessifs, qu’ils « agissent avant de réfléchir », que leur petit cerveau est en travaux et que ce qu’ils recherchent est avant tout d’être en relation, en lien avec leurs parents.

Je me suis fait réveillée tôt le matin par des cris, les 3 enfants qui partageaient leur chambre ont trouvé les petites «  cacahuètes grillées dans mes affaires » et les disputes ont commencé, la culpabilité d’avoir pris en cachette, la jalousie de ne pas avoir autant que les autres, l’accusation … J’ai senti mon agacement au réveil dominer mes émotions, j’ai pris une profonde inspiration et je me suis dit « avant de faire de l’éducation, je vais devoir trouver un moyen de calmer les émotions », le câlin a fait son effet, sans mot, j’ai laissé passer le petit déjeuner et puis j’ai dit « elles sont bonnes ces cacahouètes grillées, n’est-ce pas?, tu les voulais juste pour toi et puis tu t’en es voulue de les avoir prises en cachette… j’ai vu comme tu étais fâchée et triste. »

« Le matin, moi j’aime les réveils en douceur et j’aime qu’on partage les bonnes choses ensemble. Comment on pourrait faire autrement la prochaine fois ? »

Ce week-end que je me suis sentie assez ressourcée pour agir ainsi avec sérénité pour aider ce petit cerveau à maturer, à réfléchir avant d’agir. 

Il y a d’autres moments, où je n’ai pas cette patience, sans doute par manque de sommeil, ou de ressources, trop de stress et parce que je suis humaine et imparfaite après tout… 

Les bouchons au retour : « maman je me sens mal, la voiture me donne mal au ventre », «  je sais ma chérie, on ouvre un peu la fenêtre et regarde la route, si tu trouves une voiture verte, tu me dis « bingo »… le temps passe, on s’occupe, il ne reste plus que 30 minutes avant d’arriver à la maison et là, c’est l’imprévu, l’accident, pas le petit, le grave incident avec ambulance, hélico la totale… qui bloque la route pendant 3h… les enfants s’impatientent, ma patience diminue, je m’énerve après eux, ils s’agitent, crient, je crie puis un de mes enfants me dit « tu vois, là, c’est pas gentil comme tu nous parles, toi aussi tu devrais gérer tes émotions ». 

Vous connaissez les neurones miroirs, ce sont ceux qui s’activent en imitation en voyant faire les autres, les émotions sont contagieuses. Nous sommes des reflets, des modèles et nos enfants retiennent ce qu’on attend d’eux et trouveront toujours la bonne occasion où nous dérapons pour nous le rappeler.

« Oui, tu as raison mon chéri, je suis énervée et je ne contrôle pas comme je devrais le faire, en voiture c’est difficile de prendre l’air pour se calmer, on va respirer ensemble et réfléchir comment faire passer ce long moment pour qu’il soit le moins désagréable possible ». Mais avant de parler de solutions, je vais monter le son de la musique et on va se détendre…

Quelques clés pour apprivoiser les émotions :

  • avoir des temps de ressources pour soi pour être disponible pour ses enfants.
  • se connecter à l’émotion de l’autre avant de rediriger vers la recherche de solutions ou le rappel de la règle.
  • accueillir toutes les émotions, pas tous les comportements… en nommant les sentiments ou en parlant peu, avec une attitude empathique qui veut dire « je comprends ce que tu ressens », « j’ai besoin qu’on soit en sécurité, pour le moment je prends ce jeu avec lequel tu tapes »
  • répondre aux besoins prioritaires : le sommeil (respecter le temps de repos nécessaire selon les âges), la faim (un petit creux peut vite amplifier des frustrations, proposer un fruit, une compote. Astuce : avoir un petit encas dans son sac au cas où) , la soif (on va boire un verre d’eau pour se calmer), la solitude (il se sent seul, il ne m’a pas vu de la journée, il a besoin que je remplisse son réservoir affectif, un câlin, un jeu).
  • identifier d’autres besoins si nécessaire : besoin d’estime (être encouragé), besoin de sécurité (expliciter les règles de la famille, être rassuré), besoin d’autonomie (donner des responsabilités)…
  • instaurer des routines pour développer l’autonomie, la confiance et la coopération, cela évite des frustrations et de nombreuses tempêtes … les règles de partage de tâches sont mieux acceptées lorsqu’elles sont co-construites et anticipées.
  • limiter la consommation de sucre qui agit sur la capacité à s’autoréguler
  • limiter les temps d’écrans qui agit sur la capacité de concentration et de gestion des frustrations, ce sont des temps où l’enfant n’est pas en interaction sociale, c’est dans le contact avec autrui que son cerveau grandit pour apprendre à s’auto-discipliner et à développer son intelligence émotionnelle, sa capacité d’empathie.
  • favoriser les activités en extérieurs et en nature, s’oxygéner et se dépenser libèrent des hormones anti-stress et aident à l’autorégulation émotionnelle.

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