Des jeux pour grandir

1- L'exploration et la quête des émotions

a- Le tout petit et ses 5 sens

« Le jeu est la plus haute forme de recherche ». – Albert Einstein

Le bébé explore à travers le regard de celui ou celle qui interagit avec lui, il observe, ressent et reproduit. L’interaction et le jeu entre le tout petit et son parent sont les prémices de la communication et les fondements de sa construction. Les jeux d’expressions, de manipulation, de contact, d’écoute à travers les sens sont prolifiques pour un développement neuronal optimal. 

A l ‘école maternelle, les enfants jouent beaucoup pour grandir par les 5 sens puis pour se socialiser. Jouer permet de comprendre ses états émotionnels et mieux composer avec ceux d’autrui. Les jeux d’imitation et symboliques participent à cet apprentissage de la vie au plus jeune âge.

Jouer pour apprendre

b- Les règles du jeu

Dans les jeux de société, apprendre à « être bon joueur » c’est accepter de gagner en valeur plutôt qu’en orgueil. Privilégiez la coopération à la compétition lorsque les enfants sont petits pour mieux les accompagner vers la gestion des frustrations. En grandissant, les tactiques ludiques s’affinent et jouer permet d’enseigner des compétences cognitives et sociales plus complexes.

Les jeux en famille ou entre amis sont opportuns pour développer des compétences psychosociales telle que l’empathie pour se mettre à la place des autres, tout comme l’entraide et la patience qui sont des qualités relationnelle pour prendre du plaisir avec ses partenaires d’amusement. 

Il existe à ce titre de nombreux jeux destinés à mieux comprendre ses émotions et perfectionner un langage émotionnel pour les apprivoiser.

2- Développer l'imagination, la sensibilité, la créativité

a- Lutter contre le plaisir immédiat

Dans un monde où l’ennui est rapidement relayé par d’innombrables activités au plaisir immédiat, la place aux passe-temps contemplatifs et imaginatifs est reléguée au second plan. Les divertissements numériques freinent massivement les enfants et les adolescents à cultiver l’imagination, la sensibilité et la créativité lorsqu’ils deviennent quasi exclusifs. Pour encourager  des occupations alternatives aux écrans, notre rôle de parents est de semer sur leur chemin des « obstacles » créatifs et réflexifs. Oui, je parle bien d’obstacles car l’ennui n’a plus sa place dans notre société moderne et le goût de l’effort et de l’implication doivent s’imposer à nous pour changer nos habitudes. 

Il est plus facile de prendre son téléphone ou un ordinateur pour s’occuper que de s’adonner à la lecture ou à un moment ludique : jeux de société, mots croisés, sudoku, énigmes ou à un divertissement artistique : jouer un instrument, faire une activité manuelle : peindre, dessiner, écrire, créer ou même danser. 

b- Éduquer au plaisir qui dure

Alors pour nourrir son imagination, développer sa sensibilité et favoriser sa créativité, l’unique solution est de prévoir des temps récréatifs dans ces domaines et de rendre visible et accessible ce qui pourrait encourager ces pratiques. Mettre un jeu de société sur une table basse de salon est une invitation à jouer, offrir un livret de jeux, sortir un bricolage le mercredi ou mettre des livres à disposition facilitent leur accès et motive leur usage.

L’effort de l’engagement procure un plaisir véritable qui dure et contribue activement à l’épanouissement sur le long terme.

Pour ma part, j’aime marcher seule 45 minutes par jour et me délecter des senteurs des arbres, des bruissements des feuilles, des acrobaties des écureuils ou du chant des oiseaux et je m’efforce à rendre ce moment routinier pour une pause en mi-journée. Ce serait plus simple de rester assise à mon bureau à scroller entre midi et deux sur mon smartphone mais tellement moins revitalisant. 

Offrons à nos enfants des occasions d’affiner leur curiosité à travers des explorations ludiques, artistiques et vivantes.

3- Des jeux pour mieux apprendre et se concentrer

a- Apprendre en jouant

Quand j’étais enseignante, le jeu était un gage de motivation et une clé pour susciter le plaisir d’apprendre. Cela a nécessité que je redouble d’inventivité et d’investissement pour adapter des séances pédagogiques et ludiques.  Je m’affairais à créer, fabriquer, composer pour inspirer les élèves à jouer avec la langue française, avec les matières, avec les chiffres et les inviter à questionner le monde qui nous entoure avec intérêt.  

« Le jeu est la façon d’apprendre préférée de notre cerveau ». – Diane Ackerman

Convaincue que cette approche était la plus adaptée pour répondre à l’hétérogénéité de mes élèves et à leur soif d’apprendre, j’ai eu un rappel à la réalité de notre système éducatif. Lors d’une inspection par ma hiérarchie académique (il y a plus de 20 ans), j’entends que mon travail est excessif et qu’enseigner devait rester conventionnel et disciplinaire. Il convenait de revenir à des matières fondamentales « lecture, écriture, comptage » plutôt que de proposer des ateliers ludiques en vue de travailler ces compétences ce qui étaient une perte de temps.

Cette opinion n’a aucunement découragé mes convictions. Le jeu favorise l’apprentissage et la concentration car l’enfant passe par l’imaginaire pour se construire et comprendre le monde. Et adapter nos pratiques à leur manière de grandir est essentiel pour la réussite scolaire et l’épanouissement personnel. 

Le jeu est social et intelligent, il développe des facultés riches et variées allant de la motricité fine à la coordination, du lexique à la mémorisation, de la parole à l’argumentation et la communication.  

Il permet des apprentissages pédagogiques en consolidant le langage,  la lecture, la logique, le repérage spatio-temporel, la rapidité, la stratégie… 

b- Le jeu, une solution face au stress et à la concentration

La gestion du stress et la prise en charge des difficultés attentionnelles peuvent aussi se solutionner grandement à travers le jeu.

Proposer des activités de concentration et de retour au calme après un changement d’activité, à la fin d’ une récréation, avant de faire ses devoirs sont bénéfiques pour la qualité de l’investissement. Les pauses ludiques anti-stress ou de recentrage attentionnel courts sont de réels tremplins pour faciliter les apprentissages.

Avec mon fils, nous aimions faire un jeu de morpion sur une feuille de brouillon ou un pendu (deviner un moment à partir de lettres) entre deux tâches pour relancer la machine à réfléchir. Les jeux mettant le corps en mouvement avec une attention ciblée sur l’équilibre (réciter sur balancier, en se tenant sur un pied) ou la synchronisation des gestes (toucher son genou droit avec sa main gauche et inversement) sont aussi de fabuleux outils pour optimiser la concentration. Je vous invite à ce sujet à découvrir le merveilleux travail de Guillaume Bousquet sur son site « PédagoVie« , l’apprentissage en mouvement.

4- Jouer pour communiquer et créer du lien

a- Se parler pour mieux se connaitre

Communiquer c’est tout un art. C’est grâce au jeu que j’ai appris à connaitre mes enfants et que nous avons commencé à nous parler et nous écouter, vraiment. S’intéresser à ceux avec qui nous partageons notre vie, c’est sortir des injonctions et des demandes quotidiennes « as-tu fait tes devoirs ? brosser tes dents ? Vas-tu m’écouter maintenant ?… » et les questionner sur leur bien-être « comment tu sens avec ses devoirs à faire ? qu’est-ce qui te motive ? Comment puis-je t’aider ? »

Montrer de l’attention et de l’intérêt ouvrent les portent du dialogue et de la convivialité en famille. 

« La communication non violente « CNV », ce sont le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d’en faire autant. » Marshall Rosenberg

La CNV n’est pas une communication spontanée, elle nécessite une analyse avancée de nos ressentis et de nos besoins.

b- Des cartes à jeux pour impulser le dialogue

Pour se familiariser avec ce modèle, j’ai crée une série de cartes d’échanges pour s’interroger en famille et libérer l’expression des émotions et la formulation de nos envies et nos attentes. D’autres jeux relationnelles nous ont permis de verbaliser ce qui d’ordinaire restait non dits. Toutes les cartes à jeux thématiques sont disponibles sur ce site.

 «La chose la plus importante dans la communication est d’entendre ce qui n’a pas été dit.» Peter F. Drucker

Les cartes à jeux de discussion se prêtent à instaurer des débats lors des repas ou d’un gouter ou en soirée jeux. Ils sont utiles pour :

  • Réfléchir, « Qu’est-ce qui est important pour réussir sa vie ? »
  • Parler de ses rêves : lister vos envies « Que feriez-vous avec 1 million d’euros ? »
  • Défendre une opinion « Que penses-tu des stéréotypes ? » « Pour ou contre l’Intelligence Artificielle ? » « C’est quoi le bonheur pour vous ? »
  • Se réconcilier et se connaitre : « Comment bien s’entendre entre frères et sœurs ? »… 

Les échanges et les débats en famille développent aussi le sentiment d’appartenance et d’importance, ils favorisent la confiance en soi et l’affirmation de soi, des valeurs primordiales pour trouver sa place dans les relations sociales et prévenir également les risques d’intimidation ou de harcèlement en milieu scolaire.

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